Jeudi 25 juin 2009


Voici le récit de la naissance de mon second enfant, un peu long (c'est celui que j'ai écrit pour lui) mais qui m'a tellement changée :)

 

 

Vendredi 17 Avril :


je ressens une sorte de lassitude généralisée, j’ai envie de tranquillité, de repos.

J’ai du mal à « gérer » les sollicitations de ma fille aînée qui me réclame d’aller au parc, ou jouer au foot. Si cela m’a été possible ces dernières semaines, ce jour là j’ai moins de force, j’ai envie de me « renfermer » sur moi-même, sensation assez étrange.

J’ai eu pas mal de contractions la veille, et je n’ai pas envie d’accoucher tout de suite, même si je suis presque à 39sa. J’aime cette grossesse, et j’ai envie de préparer cet accouchement et l’accueil de notre petit Alban de la meilleure façon qu’il soit.

Je tente de finir un livre acheté la veille « j’accouche bientôt et j’ai peur de la douleur » qui propose une réflexion intelligente sur la douleur de l’enfantement. Ce livre me fait du bien et je le termine dans mon lit, ce vendredi soir, trop lasse pour regarder la saison 5 de Dr House avec mon homme (moi je l’avais déjà vu en VO aussi ;) ).

En allant aux toilettes avant de m’endormir, je constate un peu de bouchon muqueux dans ma culotte, puis je le perds franchement.

J’annonce la nouvelle à Greg, et aux copines du forum, et bien sûr à Emi, ma meilleure amie par sms. Je « rassure » Greg sur l’imminence de l’accouchement, qui n’est pas obligatoire, même une fois le bouchon perdu.

Emi me rappelle qu’elle l’a perdu plusieurs semaines avant d’accoucher, et je m’endors sur cette pensée, vers 22h.

 


Samedi  18 Avril :


quelques minutes après minuit : je suis réveillée par un liquide chaud qui me coule entre les jambes.

Je savoure quelques instants ce moment.

J’ai rompu la poche des eaux, bébé va arriver, je suis encore la seule à le savoir.

Tout comme mon premier accouchement, c’est par l’eau que celui-ci s’annonce.

Je tente de réveiller Greg qui dort à coté. Je l’appelle, il bougonne.

Je lui dit « j’ai perdu les eaux ». Il me répond « quoi ? » il a du mal à réaliser. J’envoie un sms à Emi pour la prévenir, car la 1ère chose à laquelle je pense est que nous sommes le 18 Avril, jour des 3 ans de son fils Hugo, quel drôle de cadeau !

Greg râle parce qu’il ne veut pas que l’envoi de sms dure toute la nuit…

J’essaye de me rendormir, en espérant que le travail démarre. Il n’est pas question de se précipiter à la maternité.

J’ai mis longtemps avant de rentrer en travail après la rupture de la poche pour ma fille, il n’est pas besoin de s’affoler, mais plus important de se reposer.

On avisera lorsque les contractions démarreront, ou au petit matin le cas échéant.

J’ai des contractions douloureuses pendant la nuit, mais pas de début de travail. La poche continue de se vider par intermittence mais pas d’écoulement franc. J’espère que le bébé est bien bas…

 

Je sommeille par intermittence, dans l’attente d’un travail, de douleurs, de serrements qui ne viennent pas.

C’est très frustrant et inquiétant.

Mon 1re accouchement s’était soldé par un travail long et pénible, avec des contractions inefficaces, un bébé ne s’engageant pas dans le bassin, des injections de morphine etc.

Je n’ai absolument pas envie de revivre la même chose, alors que je suis si bien préparée cette fois-ci.

 


Notre fille ainée se lève et vient nous rejoindre dans notre lit, pour boire son biberon comme tous les matins.

Il est 8H.

Nous lui annonçons que le bébé a décidé de sortir et que nous allons aller à l’hôpital voir la sage femme (elle est venue à plusieurs rdv avec moi et « visualise » très bien qui est la sf).

Nous la préparons tranquillement, organisons nos affaires, je n’ai toujours aucune contraction depuis plusieurs heures maintenant.

Je sens l’angoisse poindre.

Car si quelques heures avec la poche rompue ne sont pas « dangereuses » en tant que tel il en va autrement au-delà de 12h et a fortiori de 24H où les risques infectieux sont démultipliés.

Un accouchement naturel et physiologique OK, une prise de risques excessive non !

Mon homme emmène notre fille chez son cousin qu’il a prévenu au petit matin.

J’ai les larmes aux yeux de les voir partir, moi qui n’ai jamais laissée ma petite fille….

 

Je réfléchis, je sais que les risques d’infection augmentent surtout après 18h de rupture, et notamment à cause de touchers vaginaux répétés qui font « entrer » des bactéries « inconnues ».

Nous convenons avec Greg de dire que j’ai percé la poche à 6h afin d’éviter un déclenchement à midi, ou à minuit (soit après 12h ou 24h de rupture), afin de laisser le travail démarrer de lui-même.

Je précise que j’avais fait une réaction au syntocinon utilisé dans le même cas de figure pour ma fille, ce qui avait provoqué des contractions anarchiques et hyper douloureuses… et totalement inefficaces.

Cela s’était soldé par des injections de morphine pour tenter de parer à la dystocie du col qui avaient par la suite demandé une réa post natale pour ma fille…..

 

Toutefois, il faut trouver une solution pour « aider » le travail à démarrer, et je n’arrive pas à joindre ma sage femme de préparation à l’accouchement.

Je me souviens qu’Isabelle Brabant dans son livre donnait plusieurs « trucs » pour déclencher l’accouchement, notamment lorsqu’un déclenchement artificiel était prévu ou que la poche était rompue depuis plusieurs heures.

C’est elle qui conseillait de ne pas se rendre directement à l’hôpital en cas de rupture de la poche si le travail ne s’amorce pas, et de toute faire pour éviter un déclenchement artificiel.

Je lis donc attentivement ce chapitre, et fait acheter de l’huile de ricin à mon homme. Si à midi ma situation n’a pas évolué (12h de rupture) je prendrai l’huile de ricin qui est censée provoquer les contractions de travail dans les heures qui viennent. Je me dis que si ça marche pas, au pire j’aurai des diarrhées qui me « videront » avant le déclenchement….. que je demanderai en fin de journée si toujours pas de travail démarré ce soir.


 

Nous arrivons à l’hôpital à 10h40, la personne à l’accueil des urgences obstétriques prend mon nom, note mon terme et nous indique où nous rendre.

Nous arrivons devant la porte des salles de naissance, où nous sonnons.

Une ASH arrive et nous prévient que le service est archi débordé, qu’il n’y a plus une salle de libre (ni d’examen, ni de travail ni d’accouchement, ni même une chambre en suites de couches !) et me demande si ça va… je réponds que oui, que je n’ai aucune contraction de toute façon.

Toutefois la poche continue à se vider par intermittence et mes serviettes ne suffisent plus à « éponger ». Nous attendons plus d’une heure dans la salle d’attente, dans le couloir, pas très sereins car midi arrive et je n’ai toujours aucune contraction…..

 


L’ASH revient nous chercher peu avant midi et nous installe dans une salle d’examen.

Je vais faire pipi dans le gobelet et elle me donne des protections de rechange car toutes les miennes ont débordé entre temps, ainsi que les gants de toilette que j’avais prévus également….

La sage femme finit par arriver, elle se présente, elle s’appelle Marie.

Elle nous indique que c’est surchargé ce week end, que toutes les salles sont prises….

Nous lui expliquons la situation, elle nous dit que si le travail n’a pas démarré aujourd’hui, je serai déclenchée cette nuit. Je lui parle de mon projet de naissance, elle me dit qu’elle n’aura probablement pas le temps de le lire, donc elle me demande si en gros je veux l’accouchement le plus naturel possible, ce à quoi j’acquiesce.

Elle me dit sans vouloir être méchante, que bien souvent ce sont les dames qui ont des PDN qui se retrouvent avec des difficultés lors du travail, et que eux, ils n’ont pas envie de « médicaliser » l’accouchement mais que ce sont les mamans qui le demandent…

Ce dont je suis consciente, d’où mon inquiétude croissante devant ces fichues contractions absentes !!!


Mon col est ouvert à 2 en externe, et 1 en interne, elle me fait horriblement mal lors du toucher, mais j’ai au moins la satisfaction de me dire que bébé est un peu descendu par rapport à mon rdv du 9e mois 15 jours avant !


 

Je réclame le monito portable, et Marie réussit à l’avoir, c’est gentil.

On me le pose vers 12h30.

Elle me fait des prises de sang, me pose la « voie fermée » pour la perf, et ça me fait mal, je n’arrive pas à plier le poignet (je pense aux acrobaties nécessaires pour « gérer » les contractions qui demandent un minimum d’aisance pour gesticuler !!).

Je râle auprès de Greg, je suis fâchée surtout de voir que je n’ai aucune contraction et je crois que je « reporte » ma colère sur l’hôpital, la sf, ma mère même qui n’a rien à voir là dedans !!!


Je demande à Marie si l’huile de ricin est dangereuse, elle me répond que non bien qu’elle ne connaisse que ses effets laxatifs, et pas ses effets « déclencheurs ». Je peux donc l’utiliser sans souci si jamais….

On nous laisse seuls, en attendant je ne me laisse pas abattre et mange mon pain bagnat acheté le matin même !

D’ailleurs je n’avais pas compris que je ne devais pas manger, au cas où les résultats de la pds étaient mauvais, et du coup je me fais tirer les oreilles par la sf ensuite !


Peu après 13h je décide de prendre une 1ère dose d’huile de ricin, j’ai rompu la poche depuis 12h il faut prendre les choses en main.

Le monito reste plat.

L’aspect de l’huile mélangé au schweppes est vraiment pas terrible mais ça passe. De toute façon je tente le tout pour le tout…..

Je somnole sur le lit en attendant.

J’ai quelques vagues contractions durant les 2h que vont durer le monito…. Sauf sur la dernière demi heure ou j’en ai 3 « vraies » … Serait-ce l’huile de ricin qui commence à agir ?


Vers 14h45 Marie revient, m’enlève le tout, me donne des antibios à prendre à 18h (pour la rupture de la poche, je prendrai les antibios avant vu que j’ai perdu les eaux à minuit !) et nous dit de revenir pour un contrôle à 20h30/21h.

 

On nous fait aller dans les « chambres » post partum, dans la 404 qui sera la mienne pour après… Avec le bébé….

Là haut je reprends une dose d’huile de ricin, espérant booster ces contractions encore erratiques qui se font sentir, même si déjà bien inconfortables, je suis obligée de m’interrompre pour les « gérer ».

Je demande à Greg de tout installer : fermer les volets pour être dans la pénombre afin de me plonger dans mon cerveau reptilien…. Je lui explique comment me donner mon homéopathie pour aider dans le travail, les massages, les installations que j’avais prévues pour aider dans le travail (coussins, brumisateur etc).


Jusqu’à 16h, quelques contractions, puis après 16h elles se font vraiment fortes, plus régulières, plus intenses, plus profondes.

Mon homme me donne l’homéopathie, me masse, cela devient vraiment intense, plus de doute, je suis entrée en travail !!! Enfin j’espère….


Je m’ouvre sur chaque contraction, j’oriente ma respiration sur l’ouverture, je fais des sons sourds qui « m’ouvrent » sur chaque pic douloureux…

Qui l’est de plus en plus, de plus en plus exigeant, de plus en plus aliénant, envoutant, intense, violent. Mais je l’accepte, une par une, je prends ces contractions qui me pressent si fort !!!! Je pense à ce que tous mes livres ont dit, cette douleur est une douleur nécessaire, qui ouvre, celle de la naissance, de la vie !

Quelquefois, j’ai besoin de m’accrocher en l’air, le me suspend à la barre au dessus du lit pour onduler comme une folle au rythme effréné des contractions. J’engueule même Greg lorsqu’il a le malheur de modifier la hauteur de la barre, croyant bien faire.


Tout à coup je sens un grondement encore plus fort dans mon ventre, l’huile de ricin fait aussi effet sur mes intestins….

Pendant un long moment je suis sur les toilettes et les contractions sont encore plus fortes, plus violentes, inhumaines presque, se mélangeant spasmes de mes intestins et spasmes utérins pour finalement s’allier dans une force encore plus grande !


Je suis vraiment malade, heureusement j’ai emmené des lingettes M. Propre pour nettoyer (lol !) et des lingettes bébé (oui c’est mal !) pour me nettoyer.

Comme il y a une douche je me mets sous la douche et là miracle ça apaise !

Les contractions sont bien plus supportables ainsi ! Les spasmes intestinaux se calment assez rapidement aussi, mais j’alterne entre assise sur les toilettes et sous la douche pour gérer chaque contraction, mais très vite leur intervalle se fait trop court pour que je puisse me permettre de bouger entre la douche et les wc (séparés par un petit mètre !).

Je reste au niveau de la douche, pour finalement m’allonger carrément sur le carrelage, sur une serviette de toilette prévue à cet effet.

Les contractions sont à la limite de m’emporter, de me faire sombrer dans le carcan douloureux mais grâce à l’eau chaude j’arrive à gérer sereinement en gardant mon calme.

Elles sont à moins de 2 minutes d’intervalle.

Je dit à Greg que nous devrions peut être envisager de descendre voir Marie avant 20h30 car je pense que le travail a bien avancé.

Mais avant de parcourir tout ce chemin jusqu’aux salles de naissances (qui ne sont pas au même étage, et c’est assez « tortueux » pour y parvenir) je veux m’assurer que le travail a bien démarré (et que ça ne fait pas comme pour mon 1er accouchement : des contractions fortes plusieurs heures d’affilé et un col verrouillé….).

Je demande à Greg de faire venir une sf de « suites de couches » dans la chambre afin qu’elle m’examine, et que je sache si je dois descendre ou pas.

Car si je ne suis qu’à 3 ou 4 cm ça ne sert à rien de retourner au bloc en bas, là où il n’y aura pas la bienfaitrice douche d’eau chaude….


Greg revient dépité, car aucune sf ne veut m’examiner, elles veulent que je redescende en salle de naissance si je veux me faire examiner.

Au point où j’en suis je n’arrive plus à raisonner correctement, pour moi rien ne compte plus que cette douche. Je reste encore sous ma douche, les contractions se sont encore rapprochées, encore intensifiées.

Quelques minutes après je demande à Greg d’insister auprès de la sf. Il y retourne et celle-ci vient me trouver et m’engueule, en me disant qu’il y a risque infectieux à me faire examiner par une autre personne (pas faux je n’y avais pas pensé), ce à quoi j’acquiesce, mais elle continue son baratin alors que je suis dans un état second, dans un autre monde.

Elle insiste comme si j’étais une abrutie, alors que justement je suis tout à fait consciente des risques infectieux induits par les touchers vaginaux !!!!!!!!

Je lui réponds que je ne veux pas lâcher ma douche, car c’est ce qui m’aide à gérer mes contractions.

Elle me rétorque qu’une fois en bas j’y arriverai autrement, avec la respiration, les massages…

Moi je reste sceptique, et en attendant les contractions se rapprochent encore, l’intervalle de 45sec/30 sec je ne sais pas, mais moins d’une minute c’est certain.


Je me mets à me balancer contre le rebord du lavabo, prise d’une subite impulsion au moment d’une contraction.

A ce moment là la sf réagit et me dit « mais vous allez accoucher là, quand vous remonterez vous serez avec le bébé, il y a des signes qui ne trompent pas». J’ai presque du mal à la croire, mais je finis par me « bouger » pour descendre, la sf réclame un fauteuil, car elle voit que je n’y arriverais jamais seule (avec des contractions toutes les 30 sec une promenade de santé dans les couloirs de l’hôpital parait effectivement contre indiquée).


Le fauteuil arrive, il est 18h15, l’aide soignante m’aide à m’installer, mais pour moi c’est l’enfer, je ne peux absolument pas vivre cette douleur sur ce fauteuil de *****, c’est très difficile.

Nous mettons moins de 5 min à arriver aux salles de naissance, où l’aide soignante « m’abandonne » pour voir s’il y a une salle de libre…

Car ils sont toujours débordés et la place manque (l’hôpital a été inauguré en juin !!!). Dans le couloir je ne tiens plus sur ce maudit fauteuil et je me mets à 4 pattes, à coté de mon fauteuil.

Greg est parti au vestiaire, ranger les affaires, et enfiler la magnifique blouse verte.

Une autre aide soignante arrive et me vois seule, à 4 pattes, dans cet état second si caractéristique des femmes en travail.

Elle s’occupe de moi, et me dit gentiment qu’on ne va pas me laisser accoucher dans le couloir….

Elle m’aide à gagner une salle de travail enfin prête à nous accueillir.


Il est 18h30.

J’ai beaucoup de mal à vivre la douleur à présent, dans cette salle de travail je n’ai plus ma douche  et j’ai du mal à retrouver ma respiration (la ballade dans les couloirs et le 4 pattes dans le couloir devant les autres parents m’ont pas mal déboussolée je crois et m’ont « cassée » dans ma gestion de la douleur).

On me propose de manger mais je n’ai absolument pas faim. A peine soif.


Marie la sf arrive, elle m’aide à reprendre mon souffle avec un massage de la colonne et du sacrum, elle sait bien s’y prendre, à ce moment je la bénis.

Elle doit me faire un monito, Greg réclame encore le monito portable, car j’en ai encore plus besoin maintenant !

Elle réussit encore à me l’avoir, elle est vraiment sympa, car il n’y en a qu’un seul….. E

lle me le pose difficilement entre 2 contractions car elles sont rapprochées, tous les 20/30 secs environ. Elle m’examine et là ô rage ô désespoir, je ne suis qu’à 4/5 cm…..

J’ai donc plusieurs heures de travail devant moi, dans cette fichue salle de travail SANS DOUCHE avec les sangles qui tombent, auxquelles je dois faire attention car si le tracé n’est pas un minimum correct on me laissera ce fichu monito encore plus longtemps….

Le fait de revenir en position allongée pour le toucher m’a fait perdre le fil de cet accouchement, je me suis fait déborder par la douleur au lieu de voguer avec elle comme je le faisais en chambre.

Ce « changement » dans mon rythme, les lumières, les questions, le monito, le toucher vaginal hyper douloureux m’ont perturbée et m’ont « perdue dans le douleur »… C’est dommage !


Marie nous laisse, il est 18h45.


Heureusement comme le monito est portable je peux bouger, aller aux toilettes (ah divines toilettes, presque aussi efficaces qu’une douche pour vivre les contractions !) surtout que mon ingestion d’huile de ricin me rappelle à l’ordre.

Je retourne sur le lit et me resuspend à la barre au dessus, dans une danse folle, aliénée, comme en transe.

J’ai l’impression de n’avoir que quelques secondes de répit entre chaque contraction, à peine le temps d’inspirer, que déjà sur l’expiration la nouvelle contraction monte…

Et j’ai encore envie d’aller aux toilettes.


Mais bizarrement ça ne fait pas tout à fait comme d’habitude, ça me fait une pression en bas quand je respire pendant la contraction, une pression forte, sourde, douloureuse, presque brulante qui n’est pas tant sur le rectum que sur mon vagin…

Mais pour moi c’est encore la faute à l’huile de ricin, car n’oublions pas que je ne suis qu’à 4 petits cm de dilatation….


Au fur et à mesure que je ressens de plus en plus fortement ce poids en bas, les contractions s’enchainent à une vitesse et une intensité sans mesure, il n’y a plus d’intervalle entre chaque, je panique, je ne tiendrai pas encore 3 ou 4 h à ce rythme effréné, j’ai une sorte de « crise d’angoisse » je crie, je dit à Greg qu’il me faut une péri ça n’est pas gérable encore des heures à ce rythme, je sens un « flux de panique » dans mes veines, je fait 2 malaises d’affilée, et ça pousse encore plus fort en bas c’est hyper douloureux, je ne comprend pas ce que « ça vient faire » à ce moment là du travail….

Greg me dit que non je ne veux pas de péri, que j’ai déjà fait la majeure partie, mais non CRETIN DE LA LUNE JE SUIS A 4 CM DE MIERDA !!!!

Il m’encourage, il a bien retenu la leçon, il me dit que c’est normal que je craque que c’est la fameuse phase de désespérance où l’on veut tout abandonner, tout lâcher.

Mais moi je sais que la phase de désespérance c’est en fin de travail pas à 4 FOUTUS CENTIMETRES ! Et ça ne me plait pas du tout de désespérer.


Greg me ramène doucement vers le lit, car tout ce temps j’étais sur les toilettes, avec cette drôle de pression qui ne cessait de croitre et de ces contractions qui n’avaient plus d’intervalle.

Je demande à Greg d’appeler Marie parce que là CA POUSSE sévère, qu’il me faut quelque chose, je n’arrive même plus à parler.

Je suis à 4 pattes sur le lit, ça fait pression en bas, c’est une sensation supplémentaire, en plus de chaque contraction.


Marie arrive je lui dit qu’il me faut une péri, mais elle me dit que non je ne le veux pas, je dis sisi il me faut un ANESTHESISTE j’ai l’impression que je suis en train de mourir.

C’est vraiment cette sensation là : l’impression de mourir, qu’on va se faire engloutir dans un abîme de douleur, que ce n’est pus « vivable » et qu’on va donc mourir. Je me met à crier, elle me dit non on ne crie pas, et elle m’aide avec la respiration comme tout à l’heure et là je fulmine contre Greg qui « n’aurait pas pu l’imiter ces 5 dernières minutes alors que j’avais l’impression de mourir ».

Son contact et son aide pour la respiration m’aident à ne pas « perdre les pédales » et je revis mes contractions toujours plus fortes les unes que les autres, mais aussi à chaque expiration en « ouverture » ça me pousse encore plus fort en bas, je le dis à Marie et là oups elle tilte, elle me réexamine, me fait HORRIBLEMENT MAL, j’ai l’impression qu’elle pousse des « bourrelets de col », je lui dit que c’est insupportable et là elle m’annonce « attendez attendez vous êtes à dilatation complète !!! » et elle crie « libérez l’Eglantine » (une salle d’accouchement).


Il est presque 19h à peu près.


Branle bas de combat, on me met sur le fauteuil, mais je ne peux pas rester assise, le poids en bas de mon corps m’empêche de poser mon fessier sur leur fauteuil de mierda.

J’ai une sorte de poussée d’adrénaline, plus de désespoir, juste un flux puissant, instinctif qui me traverse, je suis assise sur un de mes talons, posé sur le fauteuil et l’autre jambe est posée sur l’accoudoir du fauteuil, les jambes écartées…

On me met un drap dessus pour éviter le défilé de ma foufoune dans les couloirs lol !


On me pousse jusqu’à l’Eglantine, la salle de naissance.

L’aide soignante arrête le fauteuil à coté de la table, sur laquelle je grimpe, telle un guépard, je ne réfléchis plus avec mon cerveau habituel, je me laisse « guider ».


Je me mets à 4 pattes, sans réfléchir, et là j’entends l’aide soignante crier « Marie la tête !! la tête ».

La sf a à peine le temps d’enfiler sa blouse, elle arrive derrière moi et me demande de ne pas pousser.

De toute façon JE NE POUSSE PAS, mon bébé sort tout seul.

Je me rassois sur mes talons et là la sf réplique que non elle ne pourra pas m’aider à accoucher si je suis comme ça, à 4 pattes oui mais pas accroupie (elle n’avait plus accès à mon vagin mdr normal qu’elle râle).


Je me remets à 4 pattes (notez que je comprends encore ma langue maternelle).


Elle me dit allez c’est bon.


Je râle « pas d’épisio hein !!! » et elle me dit que non elle n’en fera pas.


Je respire doucement en ouvrant vers le bas, sans « pousser ».


Je sens une brûlure et la tête du bébé qui sort.

Marie me demande d’arrêter de pousser, je la sens tourner la tête de mon petit, je ne sais pas trop ce qu’elle fabrique, mais de toute façon je ne pousse pas, je respire.


Elle me redemande de pousser, et je fais une grande expiration sur l’ouverture, nouvelle brulure, les épaules passent, puis nouvelle expiration, le reste du corps suit…. Alban est sorti de mon ventre, en moins d’une minute en 3 expirations,


il est 19h06 ce samedi 18 Avril 2009.


Je me retourne sur le coté et tente de l’attraper, mais le cordon est un peu court.


Une décharge de joie, une explosion se fait en moi, je crie en riant « mon bébé, mon bébé » les mêmes mots que pour sa grande sœur. Je ris, je ris, j’ai envie de le serrer contre moi mais je dois me remettre sur le dos, et ce fichu cordon est trop court.


Je demande qu’on attende qu’il ait cessé de battre pour le couper.

Marie me dit qu’il faut expulser le placenta pour que je puisse poser le petit plus haut sur moi.

Je râle encore, j’ai envie d’être pénard, mais bon après elle me dit que si je ne veux pas elle sera obligée d’aller le faire elle-même ce que je ne veux surement pas.

Je ronchonne un peu et donne une petite poussée de feignasse, le placenta et les membranes sortent d’un seul coup, intégralement.


Greg va alors couper le cordon qui ne bat plus et Marie examine le placenta, apparemment il y a un petit bout « supplémentaire » de placenta, une « aberration », c’est amusant.

Elle nous montre le placenta et nous explique son fonctionnement, c’est intéressant.


Je pose mon bébé sur moi.

L’aide soignante m’aide à enlever mon tee shirt et mon soutien gorge (que je n’ai évidemment pas eu le temps d’enlever !) pour mettre Alban en peau à peau.


Marie vérifie mon périnée, pas de déchirure externe, ni en interne, ouf j’avais eu peur que cette expulsion expresse ne craque tout sur son passage !!

Elle me nettoie doucement, mais je ne sens pas grand-chose, plus de douleur !


Je découvre mon bébé, toujours pleine de rire, de bonheur, il est si mignon, déjà si éveillé !!

J’ai du mal à percevoir son regard encore, on est tous les 2 encore sous le « choc » de cette arrivée expresse !

Après Marie vient me parler de prélèvement gastrique, en m’expliquant qu’Alban peut avoir eu une bactérie, liée à la rupture membranaire.

J’accepte, car je sais que ça fait quand même 19h de rupture et  que les risques augmentent après 24h surtout, et le nombre des touchers, mais bon ça fait quand même plus de 12h.

On accepte le prélèvement, et Marie emmène Alban avec Greg.

Elle le pèse,


3,295kgs, Alban est un beau bébé,


j’avais prédit 3,2/3,3 j’étais proche.

Elle fait le prélèvement en lui expliquant, lui fait des massages, elle est bien cette sf, malgré nos débuts difficiles.

Elle m’apprendra ensuite que c’est son 1er accouchement à 4 pattes.

Elle n’a pas rechignée lorsque je me suis placée d’instinct dans cette position. Je lui avoue d’ailleurs ne pas avoir réfléchi en me mettant ainsi, et elle comprend bien.

C’est bien je trouve 

Pendant le prélèvement je me met à frissonner très fort, à claquer des dents, on me rajoute des couvertures chauffantes, mais je grelotte toujours très fort.


On me ramène enfin mon petit, mon bel agneau, et je le mets enfin au sein. Il tète avidement, de bon cœur, plein d’entrain, je fais attention à la position, de façon à ne pas me faire de crevasses dès ce soir !


On restera près de 4h en salle de naissance, car personne ne peut s’occuper de nous pour nous remonter en chambre, ils sont débordés. J’ai atrocement mal au dos, et mon huile de ricin me rappelle à son bon souvenir lol !


Finalement une auxiliaire de puériculture vient s’occuper d’Alban, l’habiller, le mesurer etc. 


Notre bonhomme fait 49cm ! 


J’ai hâte de retourner en chambre.

Nous resterons moins de 48h à l’hôpital, mais ce fut assez difficile, malgré toutes les dispositions que j’avais prises pour mon retour à la maison (sage femme à domicile, pédiatre etc).

Mais les sages femmes m’ont encouragée dans cette voie, car elles ont vraiment lu mon projet de naissance, je trouve ça bien !

 

Le séjour hospitalier nous permettra de nous apprivoiser Petit Fouyon et moi et de voir naître une grande histoire d’amour mère-enfant, car cette naissance n’a pas été seulement celle de mon fils.

Elle m’a permis à moi de re-naître comme femme et comme mère, chose qui n’avait pas forcément été évidente lors de mon 1er accouchement.

 

Chaque jour qui passe, je me dis que notre petit Fouyon a toute sa place au sein de notre famille et je vis sa présence comme un cadeau serein et apaisant dans notre foyer.

Je me dis que la roue a tourné.





Merci à Blandine pour son récit d'accouchement, tellement prenant qu'on le vit avec elle !Pleins de bonnes choses pour vous.
Par Jessika & Marion - Publié dans : Naissance - Communauté : Oser Grandir Naturellement
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